27 fév. 2026MOTH
EDSUN avance comme on entre en scène : avec pudeur et intensité. Formé par le théâtre dès l’âge de dix-huit ans, façonné par la musique R&B et la danse contemporaine, il trace depuis 2015 un parcours singulier dans le paysage artistique luxembourgeois et européen. De premières parties d’artistes internationaux – telles que Macy Gray, Jessie J ou Selah Sue –, aux scènes de festivals à travers l’Europe, EDSUN a su imposer une signature où le son, le mouvement et l’image dialoguent sans cesse. Rien n’est cloisonné. Tout circule.
Artiste queer assumé, il puise dans son identité une force créative qui dépasse les étiquettes. Son travail ne cherche pas seulement à séduire, mais à rassembler autour d’émotions universelles : le désir, le silence, la peur d’aimer, le vertige de l’aveu. Habité par une sensibilité brute et une constante prise de risque, EDSUN transforme ses fragilités en langage scénique. Son univers s’est d’abord teinté d’ombres, de mélancolie, de silences lourds. Puis, peu à peu, une clarté nouvelle est apparue. Non pas une lumière rassurante, mais une lumière vibrante, celle qui attire, celle qui révèle. Chez lui, l’ombre devient lumière.
Avec MOTH, présentée au Mierscher Theater, il franchit un seuil. Cette performance hybride mêlant musique, mouvement et narration donne naissance à un espace suspendu, où deux jeunes hommes, Ely et Dré, dérivent entre confidences et silences. Une amitié trouble. Un amour qui n’ose pas se nommer. Une attraction qui brûle doucement. EDSUN explore la frontière fragile entre amitié profonde et amour à sens unique. Comme le papillon attiré par la lumière, MOTH interroge cette attraction inévitable qui éclaire autant qu’elle brûle.
Avec cette création, EDSUN ne se contente plus d’interpréter. Il met en scène, chorégraphie, compose et façonne un univers où chaque discipline devient un prolongement de lui-même. MOTH n’est pas seulement un projet, mais une affirmation : celle d’un artiste qui refuse les cadres et choisit d’habiter pleinement la complexité de l’humain. MOTH est une mue. Un passage. Le début d’un territoire encore à explorer.

EDSUN, avant de parler de MOTH, j’aimerais revenir en arrière : quelles étapes de votre parcours ont rendu ce projet possible ?
Le monde du spectacle et de la performance est un univers qui offre la possibilité de créer ce dont on a envie, et je suis d’avis que si l’on a une idée ou une vision, il n’y a pas de limites. J’ai commencé à participer à des groupes de théâtre dès l’âge de 18 ans. Cela m’a amené à travailler dans des pièces de théâtre avant même d’avoir commencé ma carrière musicale. Juste après ma participation au LSC 2024, j’ai ressenti le besoin de toucher à quelque chose de différent et, après des discussions avec mon manager, nous en sommes venus à l’idée : pourquoi ne pas me permettre de créer une pièce ? Je pense que l’expression est un outil qui se manifeste sous différentes formes, et cela m’a fait comprendre qu’il était temps de regrouper mes passions – la musique, la danse et l’expression –, et de les réunir dans une pièce de théâtre.
Vous êtes souvent identifié comme un artiste queer de la scène luxembourgeoise. Comment cette dimension traverse-t-elle votre travail, et en particulier MOTH ?
Oui, je comprends que l’on puisse m’identifier comme un artiste queer, car cette partie de mon identité influence naturellement mon art. Mais je pense aussi que mon travail peut transcender les étiquettes et nous rassembler autour de thèmes universels, comme celui exploré dans MOTH. C’est une relation nuancée, une amitié qui ne rentre dans aucune catégorie conventionnelle, et c’est précisément cette complexité qui la rend universelle et humaine.
Le mot « moth » évoque le papillon de nuit attiré par la lumière. Quelle est cette « lumière » dans le spectacle ?
Le papillon de nuit est attiré par la lumière, même si cette lumière peut le brûler. Dans cette pièce, il est question d’une attraction amoureuse envers l’un des personnages, une attirance puissante, presque inévitable, mais qui porte en elle le risque de la douleur.
Le spectacle suit Ely et Dré, deux jeunes hommes pris entre rêveries, confidences et silences. Le lien entre amitié profonde et amour à sens unique traverse tout le spectacle. Pourquoi cette frontière fragile vous intéresse-t-elle autant ?
Ma recherche a d’abord commencé sur le thème de la communication car, pour être honnête, la communication est un de mes défauts. Parler en réunion, en public, à des étrangers, ou encore donner des interviews, cela me déstabilise. Mais dans le processus de composition, le thème qui revenait était l’amour à sens unique et surtout le déni. Ne pas oser s’avouer à soi-même qu’on aime quelqu’un, et ne pas oser avouer à quelqu’un qu’on l’aime. Cette histoire est née d’expériences de ma vie, de rencontres, mais aussi de moments que j’absorbe à travers l’art, que ce soit dans des films, des spectacles ou des chansons, auxquels je suis sensible et qui ne cessent de me toucher à chaque fois.
MOTH est présentée comme une performance hybride. À quel moment avez-vous senti que ce projet ne pouvait pas être « juste » un concert ou une pièce de théâtre ?
Je le savais dès le début. Je pense que c’est parce que je me vois moi-même comme une personne hybride, qui touche toujours un peu à tout. Quand j’ai commencé le processus de recherche, je ne savais pas encore exactement ce que j’allais faire ni ce que j’allais proposer, mais je savais que je voulais créer un mélange. J’ai commencé avec une intention et cette intention est restée la même, même si, en chemin, beaucoup d’idées se sont transformées et développées. L’intention, elle, n’a jamais changé. Mais je pense que l’approche était différente ici. Je n’ai pas abordé ce projet uniquement en tant que musicien ou performeur, mais plutôt en tant qu’artiste qui veut raconter une histoire.
Comment s’est construite la collaboration avec Tristan Sagon, chorégraphe et danseur, et Sergio Manique directeur musical, dans l’écriture du mouvement et du son ?
J’ai travaillé avec Tristan l’année passée pour la première fois sur ma version concert de MOTH, qui a été présentée en tant que « work in progress » au Festival USINA. Il a une sensibilité extrêmement touchante et sage, que j’apprécie énormément chez un artiste. Quand j’ai rencontré Tristan, j’ai su dès le début qu’il me comprenait, sans même avoir besoin que je termine mes phrases. Dans ce processus de création, nous avons très souvent commencé par des discussions autour des scènes et des personnages de la pièce, qui se poursuivaient ensuite par des sessions de recherche de mouvement. Ce qui nous touche, nous le gardons et nous le développons.
Sergio Manique, c’est un ami, un frère. Nous travaillons ensemble depuis plus de dix ans et nous nous connaissons depuis bien avant cela. L’approche avec Sergio est très naturelle, parce que nos goûts se ressemblent très souvent. Pour l'adaptation musicale de la pièce, nous avons écouté beaucoup de textures de son différentes. Je voulais absolument qu’on ressente une certaine douceur pour la plupart des chansons. Pour cette création, il a eu accès à mes côtés plus abstraits, lorsque je m’exprime en incarnant le danseur contemporain. Sergio est un caméléon, il sait tout faire.
Sur ce projet, vous êtes compositeur, metteur en scène, chorégraphe et artiste. Qu’avez-vous envie de continuer à explorer ?
C’est un travail d’équipe. Je peux toucher à tout, mais ce projet repose sur le travail de Sergio Manique (musique), Tristan Sagon (chorégraphie), Hadi Deaibes (mise en scène), Piera Jovic (conseil artistique), Steve Richer et Sacha Hanlet (scénographie), Steve Demuth (lumières), Oliver Lang (son) Léa Wiplier (chargée de production), le Mierscher Theater, sans oublier mon label Beast. Ce projet a réveillé en moi le sentiment que tout est possible et qu’il y a encore tellement à explorer. Ceci n’est que ma première pièce. J’ai énormément à apprendre, en réalité, je ne sais encore rien. Ceci n’est qu’un échauffement. J’ai également eu la chance d’observer Anne Simon cette année, en travaillant avec elle sur la pièce Spring Awakenings au Théâtres des Capucins. J’ai été ébloui par sa façon de savoir exactement ce qu’elle veut et par la précision avec laquelle elle dirige. Quand je serai grand, je veux être comme elle.
Avec MOTH, EDSUN nous embarque dans son univers intime. Il explore, tel un papillon de nuit, les sentiments profonds, les plus intimes, les plus cachés, ceux que l’on a l’habitude de cacher. Chacun de ses battements d’ailes provoque un séisme émotionnel nous poussant à réfléchir sur notre existence et nos sentiments profonds. MOTH met en lumière ce petit papillon de nuit que nous gardons en chacun de nous et qui ne cherche qu’à s’envoler pour enfin briller.
MOTH, le 27 & 28.02.2026 à 20h au Mierscher Theater, billets disponibles ici
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