La liberté, force vive déployée

15 avr. 2026
La liberté, force vive déployée

Article en Français

Invitée de la 19e édition du Printemps des poètes Luxembourg, la poétesse Nathalie Ronvaux participera à cette fête qui, du 17 au 19 avril 2026, fera fleurir les mots à travers de nombreuses manifestations.

Traversée par le thème « La liberté. Force vive déployée », proposé par la poétesse Linda Maria Barros, cette édition interroge les limites qui pèsent sur notre liberté de dire et d’être. Elle met aussi en lumière la poésie comme espace de création et de réflexion, invitant à explorer la liberté sous toutes ses formes, face aux mutations du monde.

Onze poètes et poétesses venus de toute l’Europe seront à l’affiche, parmi lesquelles la France sera représentée par Étienne Paulin. L’occasion d’entendre des voix contemporaines qui font de l’écriture un lieu d’expression et de questionnement. Parmi elles, Nathalie Ronvaux explore les fragilités de la liberté aujourd’hui et interroge la place de la poésie dans un monde sous tension.

Nathalie Ronvaux © Patrick Galbats

Que vous inspire le thème de cette édition « La liberté. Force vive déployée » ?

Tout un programme ! Il fait beaucoup écho en ce moment. C’est terrible parce que, d’année en année, à chaque festival, on répète à quel point la liberté est importante, à quel point la poésie est importante… et l’étau se resserre, et on continue à le répéter.
Je crois que nous sommes arrivés à une époque où, quand on a la chance de pouvoir s’exprimer librement, il faut réagir. Ne pas être insensible aux mots qui sont dits, aux actes qui peuvent parfois paraître anodins, mais qui ne le sont pas du tout. Cela me préoccupe énormément depuis des années et devient, pour moi, une vigilance quasi quotidienne. Et cette liberté-là, il faut la faire vivre, la déployer, surtout quand on en a la possibilité.

Vous présentez un texte inédit, Aux oiseaux affranchis. Est-ce une création spécifique pour le festival ?

C’est un poème inédit, qui fait partie de textes que je commence à regrouper depuis l’année passée. Celui-ci est assez récent. Le sujet pourrait correspondre à la thématique, mais c’est un sujet tellement actuel que je ne peux pas faire autrement que d’y réfléchir depuis quelques années. C’est quelque chose qui revient dans mes écrits, que ce soit au théâtre ou en poésie.

Comment définissez-vous votre écriture aujourd’hui ?

Dans un texte écrit pour le Centre national de littérature (CNL) autour de mon écriture, s’il fallait employer un mot, je dirais que c’est une « écriture citoyenne ». Je ne la considère pas comme une écriture engagée, ni féministe, ni politique au sens strict. C’est plutôt une écriture du questionnement, celle de quelqu’un qui doute, qui observe, qui peut parfois exprimer une forme de résistance, mais dans quelque chose de très quotidien. Rien d’extraordinaire : c’est une manière d’être au monde.

« Rester honnête, même bafoué, c’est vivre au plus profond de soi la liberté », une célèbre citation du poète René Char, figure sur l’affiche de cette édition. À la lumière de ces vers, la poésie est-elle, selon vous, une forme de résistance ?

Je ne sais pas si elle l’est plus qu’autre chose, mais dans beaucoup de pays qui ont connu ou connaissent la censure, la poésie a été une voix qu’on a parfois laissée s’exprimer plus longtemps que d’autres. Cette manière de dire les mots en créant des images ou des lectures multiples peut être un outil de résistance, et aussi un appel à la résistance.

Comment la traduisez-vous dans votre écriture ?

C’est une manière de laisser toute liberté. J’y fais parler les mots de façon très intime. Si je n’ai pas envie de dire quelque chose, je ne peux pas écrire. Mais j’ai aussi le désir, par les images, de susciter des lectures multiples, des émotions qui peuvent parfois prendre le dessus sur les mots eux-mêmes. Je n’aime pas expliquer un poème. Dans cette forme littéraire, le poème appartient autant à celui qui l’écrit qu’à celui qui le lit.

Que représente, selon vous, le Printemps des poètes ?

Il y a là quelque chose d’essentiel. On donne de la place à ce qui est à l’opposé de ce que l’on demande quotidiennement dans notre société. La poésie est mise en avant, mise en voix. Elle invite à se rassembler. Ce sont des moments rares, riches en rencontres. On y entend des voix différentes, des réalités différentes ; ce sont de petits îlots d’expression qu’il faut entretenir le plus longtemps possible.

Votre écriture cherche-t-elle à éveiller les consciences ?

Je ne pense pas avoir le don de faire changer les choses, mais c’est vrai que la littérature est un outil important dans la construction d’un esprit critique. Quand je parle d’une écriture « citoyenne », cela renvoie aussi à une question : qu’avons-nous envie de transmettre aux futures générations ?
J’aimerais que les spectateurs, après avoir vu une pièce, aient envie de débattre, de ne pas être d’accord, de s’écouter. Qu’ils retrouvent ce moteur du dialogue, plutôt que d’avoir des avis figés. Qu’ils soient dans l’écoute des autres et dans l’ouverture aux questionnements.


La 19e édition du Printemps des poètes – Luxembourg se tiendra du 17 au 19 avril 2026 à neimënster (soirée d’ouverture le 17 avril), au Cercle Cité (grande nuit de la poésie le 18 avril) et à la galerie Simoncini (matinée de clôture le 19 avril).
www.printemps-poetes.lu


Qui est Nathalie Ronvaux ?

Née en 1977 à Luxembourg, Nathalie Ronvaux développe une écriture plurielle, à la croisée de la poésie, du théâtre et de la prose. Impliquée dans de nombreux événements littéraires et culturels, elle a été récompensée à plusieurs reprises pour son travail.
Depuis 2017, elle fait partie de l’équipe de la Kulturfabrik à Esch-sur-Alzette, tout en poursuivant son activité d’écrivaine. Parmi ses publications récentes figurent L’homme de la rivière (Zoom Éditions, 2023), Discours sur le théâtre 05 (CNL, 2023) et Moi, je suis Rosa ! (Capybara Books, 2022).

 

Auteurs

Isabelle Debuchy

Artistes

Nathalie Ronvaux

Institutions

Printemps des Poètes Luxembourg

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