Prix d’Art Robert Schuman

03 déc. 2025
Prix d’Art Robert Schuman

Article en Français

Entretien avec Liliana Francisco et Steven Cruz, artistes co-fondateurs du collectif La Concierge, qui ont été désignés pour représenter le Luxembourg en tant que curateurs à l’édition 2025 du Prix d’Art Robert Schuman, qui se tient à Metz jusqu’au 11 janvier 2026. 

Beneath the Surface: The skin we wear, the skin we share, Zoriana Tymtsiv

Quelle a été la commande lorsque l’on vous a sollicités pour ce projet curatorial ? Comment ce projet a-t-il commencé ?

Nous avons été contactés par la Ville de Luxembourg pour représenter le pays et sélectionner quatre artistes locaux. Nous étions très heureux et n’avons pas hésité à relever ce défi. Nous étions déjà en contact avec Vanessa Cum, coordinatrice culturelle de la Ville de Luxembourg, qui a suggéré nos noms pour ce projet. Nous avons ensuite été mis en relation avec Gabriele Grawe, curatrice aux deux Musées de la Ville de Luxembourg, qui a été notre interlocutrice principale durant toute l’aventure du Prix d’Art Robert Schuman.

Comment avez-vous procédé à la sélection des artistes et qu’est-ce qui a motivé vos choix ?

Dès le début, nous avons défini un concept directeur : choisir des artistes dont les univers relèvent de l’imaginaire, du dystopique, de l’utopique ou du sensible. Nous avons construit une scénographie qui permettait aux œuvres de dialoguer entre elles. Il nous paraissait également très important de choisir de jeunes artistes avec une vision innovante et critique de la société contemporaine. Sur la base de ces recherches, nous avons sélectionné Bruno Oliveira (Sanfins, installation vidéo), Jil Lahr (Das Haus ist mir ein Traum, installation), Maïté Seimetz (Decepticles, installation avec objets et mobilier design) ainsi que Zoriana Tymtsiv (Beneath the Surface: The skin we wear, the skin we share, installation composée de trois peintures).

Concernant l’accrochage, quels rapprochements avez-vous souhaité créer entre les œuvres ?

Nous avons travaillé en étroite collaboration avec les artistes afin de concevoir une scénographie capable de soutenir les enjeux et les idées propres à chaque projet tout en respectant le concept initial. 

Comme nous vivons à l'étranger [Liliana Francisco vit entre Luxembourg et  Lisbonne, Steven Cruz à Bruxelles, ndlr] et que nous voyageons beaucoup, nous avons l’opportunité de découvrir des scènes artistiques très variées. Nous observons de nouvelles manières d’exposer, de penser la scénographie, de présenter les œuvres. Cela nous a donné envie d’expérimenter et de sortir du conventionnel. Chaque exposition représente pour nous un nouveau défi, une opportunité d’apprendre et de faire rayonner La Concierge sur la scène locale comme internationale.

Avez-vous identifié des tendances esthétiques ou des problématiques contemporaines dans les œuvres sélectionnées ?

Sur le plan esthétique, beaucoup d’artistes s’orientent aujourd’hui vers l’installation, un mode d’expression qui invite à l’observation et à la réflexion immédiate, tout en s’affranchissant des cadres traditionnels de présentation. De nouvelles problématiques sont ainsi soulevées : quel est le rôle de l’art aujourd’hui? Quel message véhicule-t-il ? Il ne s’agit pas seulement de produire des œuvres esthétiquement intéressantes, mais aussi de créer des formes qui suscitent la réflexion. Il y a une volonté de sortir de l’idée de faire de « l’art pour l’art » avec des œuvres qui interrogent et provoquent des émotions positives et négatives. Nous pensons que le plus important est d’inviter le spectateur à la réflexion.   

Das Haus ist mir ein Traum, Jil Lahr 

Pouvez-vous présenter les artistes que vous avez choisis et ce que vous appréciez dans leurs démarches respectives ?

En tant qu’artistes et curateurs, nous nous sommes demandé comment l’art pouvait aujourd’hui réaffirmer l’importance des émotions, des expériences intimes et du lien humain dans un monde de plus en plus dominé par l’individualisme et la déconnexion sociale. Notre sélection réunit des artistes émergents porteurs d’un regard neuf et audacieux, capables de bousculer les conventions, de faire émerger d’autres récits, de proposer une lecture sensible et lucide du présent. Leurs œuvres dialoguent avec les tensions de notre époque : l’aliénation sociale, la quête d’identité, la dystopie latente, ou encore l’illusion de la réalité façonnée par nos perceptions.

Avez-vous échangé avec les autres curateurs allemands et français impliqués dans le Prix Robert Schuman ?

Oui, principalement lors de la première rencontre, consacrée à la présentation des artistes sélectionnés par chacune des villes représentées : Trèves, Sarrebruck, Metz et Luxembourg. Nous avons ensuite poursuivi nos échanges pendant le montage de l’exposition et lors de la présentation au jury le 12 novembre, juste avant le vernissage et l’annonce du lauréat [Ludovic Landolt, ndlr]. Ces discussions ont été très enrichissantes, tant sur le plan de la présentation des artistes face aux membres du jury, que pour la collaboration avec les artistes pendant le montage.

Sur quels projets artistiques ou curatoriaux travaillez-vous actuellement ?

Nous travaillons actuellement avec les Rotondes sur la Triennale 2026, intitulée Common Ground. Notre rôle consistera à assurer le commissariat du projet et à réunir des collaborations pour le programme associé de l’exposition. D’autres projets sont à venir, comme la structuration et l’évolution de La Concierge : agrandir l’équipe, définir des rôles spécifiques au sein de l’organisation, afin que nous puissions nous concentrer sur la direction artistique et créative de La Concierge. Une fois cette restructuration menée, nous lancerons de nouveaux projets dès 2027 et 2028.

Que souhaitez-vous dire à nos lecteurs pour les encourager à venir voir l’exposition ?

Osez sortir de votre zone de confort, comme nous l’avons fait en embarquant dans ce super projet transfrontalier ! L’exposition réunit des visions multiples de jeunes talents luxembourgeois et internationaux issus de la Grande Région.  Vous pourrez ainsi y découvrir la scène locale en dehors du Luxembourg et encourager la jeune création en visitant de nouveaux lieux d’exposition.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose pour conclure ?

Nous sommes très reconnaissants d’avoir eu l’opportunité de présenter notre travail et celui des artistes luxembourgeois à l’étranger. Cette expérience a été particulièrement enrichissante. Nous remercions chaleureusement Vanessa Cum et Gabriele Grawe pour leur confiance, ainsi que Shabnam Rahimian et Antonin Jousse, coordinateurs du Prix d’Art Robert Schuman à Metz, pour cette collaboration exceptionnelle. Nous espérons continuer à travailler avec eux entre Luxembourg et Metz dans les années à venir.


Édition 2025 du Prix d’Art Robert Schuman, à découvrir dans trois galeries de Metz (Octave Cowbell, Arsenal, ESAL), jusqu’au 11 janvier 2026.

Artistes luxembourgeois : Bruno Oliveira, Jil Lahr, Maïté Seimetz, Zoriana Tymtsiv  

Artistes français (Metz) : Tanoé Ackah, Camilla Cason, Œuvres sans artistes, Ludovic Landolt (lauréat de l’édition 2025)

Artistes allemands (Trèves et Sarrebruck) : Bettina Reichert, Eric Schwarz, Christiane Wien, Leonard Schlöder, Paulette Penje,  Nazanin Hafez, Christoph Dahlhausen, Marie-Luise Meister, 

 

Auteurs

Loïc Millot

Artistes

Bruno Oliveira
Jil Lahr
Maïté Seimetz
Zoriana Tymtsiv

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