26 nov. 2025Lët’z Arles s’apprête à fêter ses 10 ans
La photographie luxembourgeoise s’exporte au-delà des frontières grâce à l’association Lët’z Arles. Notamment lors du très célèbre festival des Rencontres de la photographie d’Arles, référence culturelle internationale. Retour sur une décennie de mise en lumière de l’excellence photographique. Entretien croisé avec Florence Reckinger-Taddeï, présidente de Lët’z Arles et Cécilia Zunt-Radot, directrice.
Pouvez-vous revenir sur la genèse de Lët’z Arles ?
Florence Reckinger-Taddeï : Lët’z Arles est le fruit d’un formidable travail d’équipe réunissant des professionnels, tous très impliqués. Même au sein du conseil d’administration de Lët’z Arles, chaque réunion fait l’objet de discussions propices aux échanges et aux décisions collégiales. C’est très motivant de créer des ponts et de voir à quel point les idées évoluent et sont sources de création.
L’aventure est née en 2016 d’une envie de fournir un tremplin international aux artistes des arts visuels et de la photographie. Un terrain particulièrement fertile au Luxembourg avec une scène contemporaine vibrante. Originaire d’Arles, l’idée de participer aux Rencontres de la Photographie m’est venue assez naturellement. Mes liens sur place et au Luxembourg ont facilité le lancement du projet.
Au Luxembourg, j’ai bénéficié de l’adhésion de l’équipe de la photo du Centre National de l’Audiovisuel (CNA). Leur enthousiasme est partagé par d’autres spécialistes, comme Paul Di Felice, co-directeur du mois européen de la photographie au Grand-Duché. Rapidement, il nous a fallu trouver un lieu pour exposer dans le « In » du festival, au cœur du parcours officiel. C’est dans la Chapelle de la Charité, lieu baroque désacralisé, que se tiennent la plupart des expositions Lët’z Arles.
Là encore, le soutien de Nico Steinmetz, alors président de l’ordre des architectes du Luxembourg, a été indispensable. Une chapelle ancienne comme lieu d’exposition, sans cimaise ni point d'accroche, était une véritable gageure. Grâce à l’intervention de ces connaisseurs et à la créativité des artistes et des commissaires, nous créons pendant le festival des expositions, visibles pendant trois mois, avec des installations pérennes.
En effet, Lët’z Arles se distingue au sein des Rencontres par l’importance donnée à la scénographie et à l’installation. Une fois sélectionné, l’artiste présente une intention d’exposition. Ce concept se développe et se finalise pendant toute une année en collaboration avec le commissaire. Le rôle de ce dernier est déterminant dans l’accompagnement du projet de l’artiste.
Comment se déroule chaque exposition ?
Cécilia Zunt-Radot : L’exposition s’organise en deux temps. En résonance à Arles et au Luxembourg. L’objectif est double. D’une part, rendre visible le travail des artistes luxembourgeois au-delà des frontières du pays. D’autre part, faire rayonner leurs créations artistiques au Grand-Duché. Et en allant au-delà, il nous est apparu beaucoup plus écoresponsable, lorsqu’une exposition d’une telle envergure est montée, de lui donner le plus de visibilité possible.
Au-delà des trois mois d’exposition liés aux Rencontres de la photographie d’Arles, la résonance au Luxembourg n’est jamais un duplicata mais une déclinaison enrichie, réadaptée au lieu, au contexte, au curateur. D’ailleurs, la temporalité importe peu. Ainsi, parfois, les échos se créent au même moment où l’exposition a lieu à Arles, comme le projet exposant les œuvres de Michel Medinger et Romain Urhausen au parc de Merl, à Hamm et à la gare de Luxembourg en partenariat avec la ville. Dans ce contexte, avoir la possibilité de montrer les œuvres au grand public dans des espaces ouverts à tous – avec de nombreuses visites guidées – répond à notre objectif de démocratiser la transmission de l’art.
Dans d’autres cas de figure, il nous faut attendre le retour des œuvres et surtout la disponibilité des lieux. C’est pourquoi, le retour de l’exposition au Luxembourg n’est jamais figé. Il peut être programmé l’année suivante. C’est le cas de Carine Krecké, lauréate 2025. Le retour de son exposition se fera au Casino en 2027, dans le cadre du mois européen de la photographie. Repensée par Kevin Muhlen, le directeur du Musée. Ce délai donne l’opportunité aux artistes de reconsidérer ce qui a été présenté à Arles et parfois de développer de nouveaux travaux.
En 2020, nouveau tournant pour l’association ?
Florence Reckinger-Taddeï : En effet, puisque Cécilia Zunt-Radot nous a rejoints. Nos chemins se croisent au moment où Lët’z Arles a le souhait de se développer et de structurer le travail au quotidien. En effet, il devient compliqué de poursuivre l’aventure à titre bénévole, en plus des activités professionnelles de chacun. Le développement des projets à Arles et au Luxembourg nécessite l’implication totale d’une personne dédiée pour travailler sur les projets tout au long de l’année et suffisamment en amont. Chaque année, l’association fait un pas de plus vers la professionnalisation ! L’arrivée de Cécilia nous a également permis d’accroître notre compétence sur le travail des livres.
On ne parle pas de catalogue mais de livres ?
Cécilia Zunt-Radot : Tout à fait. Chaque exposition s’accompagne de la publication d’un livre en français et en anglais. Il s’agit pour chaque artiste d’une reconnaissance et d’un véritable atout pour la diffusion de leur travail. Ce sont des éditions que les artistes peuvent mener de façon entièrement libre – dans la forme et le fond – encadrés par les commissaires, des maisons d’édition et des spécialistes de la photo. Et pour certaines publications, avec des coéditeurs de renom.
En 2026, vous fêtez vos 10 ans. Quel est le programme ?
Florence Reckinger-Taddeï : Enthousiasmant ! La production de l’exposition est déjà en cours et l’artiste sélectionné est… le célèbre photographe, peintre et botaniste Edward Steichen ! Immense artiste à la fois patrimonial et aussi totalement contemporain et novateur.
Pour célébrer cet artiste et fêter nos 10 ans, ce projet sera pour la première fois une collaboration entre plusieurs institutions. Lët’z Arles, le CNA, le Musée National, le Mudam, les Rencontres d’Arles, la Banque Spuerkeess, la Fondation LUMA, la famille de Steichen et l’artiste Lisa Oppenheim. Cette dernière a déjà exposé au Mudam en choisissant de mettre en lumière des aspects moins connus du travail de Steichen. Comme la culture des fleurs, Steichen était fou de nature et de Delphinium. Et la création textile. Lisa a utilisé l’intelligence artificielle pour récréer une variété d’iris, hybridant ses photos comme Steichen le faisait avec ses fleurs. Puis elle a retravaillé les images selon une méthode utilisée par Steichen lui-même, le « dye transfer », qui lui offre un jeu de couleurs sans pareil.
L’exposition 2026 établira un dialogue entre les deux artistes, montrant comment une figure artistique historique peut inspirer la génération actuelle de façon totalement contemporaine. À Arles, l’enjeu sera de valoriser le patrimoine Steichen et d’évoquer ce lien entre l’artiste et le pays. Tout en amorçant sa date anniversaire qui sera célébré en 2029.
Qu’en est-il des œuvres exposées ? Du commissaire et du comité artistique ? Du livre associé à l’exposition ?
Cécilia Zunt-Radot : Les œuvres exposées appartiennent essentiellement aux collections luxembourgeoises du MNAHA, et également de la Spuerkeess. Concernant le lieu d’exposition, au regard de la nature du projet, nous avons besoin d’un espace muséal plus adapté en termes de conservation et de système d’accrochages. Aussi, exceptionnellement, l’exposition n’aura pas lieu à la Chapelle de la Charité mais à la Fondation LUMA de Maja Hoffmann. C’est Ruud Priem, commissaire en chef du Musée National, qui travaille sur le projet, avec autour de lui un comité artistique composé de Paul Di Felice, Paul Lesch, chercheur autour des collections Steichen au ministère de la Culture, Christoph Wiesner, directeur du festival des Rencontres d’Arles, Bettina Steinbrügge, directrice du Mudam, Gilles Zeimet, directeur du CNA et Florence Reckinger-Taddeï.
Quant au livre, nous avons la grande chance de travailler avec Atelier EXB. Une maison d’édition française, réputée pour son travail mêlant exigence esthétique et contenus éditoriaux spécialisés. Ce livre sera le reflet de l’exposition tout en approfondissant une iconographie supplémentaire qui ira au-delà des œuvres exposées. Écrit par des auteurs américains, luxembourgeois et français, il sera édité en version française et en version anglaise.
D’autres projets pour cette année anniversaire ?
Florence Reckinger-Taddeï : Nous poursuivons notre action de mentorat professionnalisant pour la troisième année consécutive. Cela permet à l’artiste sélectionné de développer son projet, sans obligation de production. L’idée est de se soustraire à la temporalité, qui pourrait enfermer l’artiste, mais plutôt de travailler avec des mentors, d’être stimulé dans un processus de création, d’échanger avec les autres mentorés.
Cette édition offre à l’artiste luxembourgeois, choisi en novembre, l’opportunité de participer au programme de mentorat de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles (ENSP). Dispositif complété par une résidence de recherche aux Ateliers de la Madeleine à Arles et l’édition d’un ouvrage mettant en avant le travail de l’artiste. Ajouté à une exposition au sein des espaces du CNA. À noter que pour 2027, le CNA exposera l’artiste Marie Capesius, mentorat 2025. Sachez que 2026 sera une grande année pour nous mais que nous travaillons aussi déjà pour 2027, puisque le jury du prochain mentorat vient d’être lancé !
Quelle est la visibilité de Lët’z Arles aux Rencontres ?
Florence Reckinger-Taddeï : Cette année, plus de 175 000 visiteurs ont été accueillis aux Rencontres, sans compter tout le « Off ». Pour Lët’z Arles, la visibilité est extraordinaire. De nombreux individuels et acteurs du monde de l’art du monde entier se déplacent pour cet événement. Le festival est à taille humaine, très informel et convivial. En termes de retombées, nous avons bénéficié d’une centaine d’articles de presse dans les magazines d’art et les quotidiens sur un an, tous pays confondus. Pour nos artistes, c’est une chance exceptionnelle.
Les Rencontres ont la particularité d’articuler les projets entre eux pour qu’il y ait des résonances. Telle l’appropriation des territoires pour 2025. Ainsi, autant pour les experts que pour le grand public, ce fil rouge permet de mieux appréhender certaines expositions. Très démocratique, le festival est ouvert à tous. Semaine d’ouverture, vernissage et finissage sont des moments publics. L’idée est véritablement de s’adresser à toute personne souhaitant découvrir la photographie sous toutes ses formes, dans des lieux ouverts parfois uniquement dans ce contexte, comme la Chapelle de la Charité. Une confrontation inédite avec la photographie contemporaine qui rend ce festival, au nom évocateur, particulièrement intéressant.
Les prochaines Rencontres d’Arles auront lieu du 6 juillet au 4 octobre 2026, www.letzarles.lu
L'exposition L’ordre des choses de Michel Medinger est visible au CNA jusqu'au 30 novembre 2025. L'exposition de Marie Capesius au CNA aura lieu en 2027.
Auteurs
Artistes
Institutions
Les plus populaires
- 20 juil. 2023
- 13 jan. 2026
- 02 jan. 2026
- 17 aoû. 2022
ARTICLES
Articles
22 jan. 2026L'écriture à quatre mains
Articles
19 jan. 2026Quiet Rooms, Loud Histories
Articles
15 jan. 2026