SSS: Spike, Stick, Sumo

18 déc. 2025
SSS: Spike, Stick, Sumo

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Trois artistes. Trois lettres intimement liées. Trois décennies de graffitis qui ont transformé le paysage urbain du Luxembourg. Complices graffeurs de longue date – Spike, Stick et Sumo – lancent un livre inédit pour retracer leur parcours et l’évolution du street art au Grand-Duché. 

Entretien exclusif avec Sumo, le père de Crazy Baldhead et explications sur la genèse de cette amitié artistique prolixe, origine de leur ouvrage, sur fond de rétrospective. 

Comment devient-on graffeur ?

Né en Angleterre, de parents allemand et anglais, j'ai grandi au Luxembourg. C’est lors d’un voyage scolaire avec mes amis Spike et Stick à Munich que j'ai découvert les graffitis. Une révélation ! Mais ce qui ne s’appelait pas encore le street art à l’époque n’était pas une carrière en soi. Attiré par le dessin et la typographie, j’ai suivi des études de graphisme à Londres. Un cursus au plus proche de ce que j’aimais. Dans les années 1980, je baignais dans le heavy metal et le skateboard. Les groupes de musique comme Motörhead, Megadeth, avec leurs pochettes de disque complètement fantastiques et futuristes, aux couleurs très vives, m’ont toujours inspiré. Lorsque je suis revenu au Luxembourg, j’ai intégré des agences de communication en travaillant dans le graphisme. Logos, identité visuelle, campagnes de publicité. C’était intéressant mais je ne me voyais pas poursuivre dans cette voie, derrière un ordinateur. C’est la passion du graffiti qui m’animait. J’ai donc suivi des cours à la Chambre de commerce pour devenir entrepreneur. Mon idée ? Ouvrir un concept store divisé en galerie et magasin de vêtements streetwear. C’est ainsi qu’est né Extrabold dans le quartier de la gare. Ma première exposition en 2009, qui met en scène mon personnage « Crazy Baldhead », a connu un franc succès.

« Crazy Baldhead » : qui est ce personnage ?

Il est né en 1999. Par essence, un graffeur est anonyme. Il se crée donc une nouvelle identité à travers une signature ou un personnage. Au début, j'ai travaillé sur un cochon, mais l'image renvoyée était trop sympathique. Je voulais une représentation plus percutante, avec plus de caractère. Dans un moment de recherche, j'ai dessiné une patate. Une jolie patate, avec deux yeux et une bouche. Au fur et à mesure, le personnage a évolué. D'une bouche triste, je lui ai dessiné une bouche avec des dents. Un sourire malicieux. Un nez pointu. Des yeux noirs et ronds comme ceux d'une grenouille. Puis j'ai accentué son côté sombre en transformant ses yeux en fentes brillantes et pointues, le rendant plus énigmatique et menaçant. J'ai fini par lui ajouter différentes paires de lunettes, approfondissant ainsi sa personnalité. Ses lunettes offrent une nouvelle perspective et une nouvelle vision sur le monde. Nous avons tous deux bras, deux jambes, deux yeux, mais chacun porte un regard différent sur le monde qui l'entoure. Le Crazy Baldhead est rapidement devenu ma signature et mon art a commencé à être reconnu grâce à ce personnage.

D’où est venue l’idée de cette rétrospective sur 30 ans de réalisations artistiques et d’amitié ?

Nous sommes amis depuis le lycée. Chacun a suivi sa voie sans jamais se perdre de vue. Avec nos trois styles différents, nous fonctionnons conjointement et parallèlement. Spike utilise d'anciennes structures en déclin pour graffer ses formes emblématiques. Il a un style très graphique «wild style», sans personnages. Son style devient de plus en plus épuré, seul le squelette des lettres de son pseudonyme demeure. Stick travaille les lettres en «freestyle», dans des pièces abstraites en jouant avec les formes et les lignes. Très connecté avec la jeunesse, il enseigne et organise des workshops sur le street art. Pour ma part, j'ai lancé ma propre galerie et travaille de plus en plus sur des toiles et les NFT. Pour autant, nous avions envie de raconter l'histoire du street art au Luxembourg et d'expliquer les traces que nous avions laissées. Dès 1995, nous avons réalisé les premiers graffitis au Luxembourg. Sous les ponts, dans des endroits cachés, passages souterrains, chantiers. Tout était illégal et à l'état de découverte. Nous utilisions des bombes de peinture pour voitures. Puis nous sommes passés au rouleau. Nous testions les mélanges de couleurs, évolutifs selon les matériaux. Tout était en devenir. C'est le premier grand mur, rue de Strasbourg, qui nous a permis de sortir de la clandestinité et d'inscrire notre art dans la scène artistique luxembourgeoise.

SSS : il s’agit d’un ouvrage édité en trois versions différentes ?

Le livre intitulé SSS existe en trois couleurs. Rouge pour Spike, bleu pour Stick, vert pour moi. La première partie raconte les dix premières années de notre histoire avec de nombreuses anecdotes, par exemple, ma rencontre avec Spike. Le tout agrémenté de nos commentaires. La deuxième partie est consacrée à nos évolutions personnelles avec une double page par année. Un travail titanesque de sélection des visuels que nous souhaitions mettre en avant. Puis l'ouvrage se termine par une partie conclusive. Ce livre, ou ces livres, rendent hommage à notre amitié, notre passion, notre travail collectif et à l'évolution du street art au Luxembourg. Il retrace 30 ans d'écriture, de tags, de peintures, de fêtes et de collaborations avec des «crews» de graffiti à travers l'Europe.

D’autres projets à venir en trio ?Nous avons chacun des ambitions et des projets. Difficile de savoir si nous fêterons nos 40 ans ensemble ! Pour ma part, je me tourne vers l'art numérique immersif. J'introduis la technologie et l'IA dans mon art. Avec un enchaînement de zooms, le «Sumoverse» connecte toutes mes œuvres entre elles. Un peu comme les pièces d'un seul et même puzzle. Tout un programme ! 


 Le livre SSS est disponible ici: spike.lu/shop-sss

Auteurs

Geneviève du Parc Locmaria

Artistes

Sumo
Stick
Spike

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