30 avr. 2026Thierry Hensgen
Thierry Hensgen est sculpteur. Avec dextérité, il façonne le bois. Un matériau noble et durable qu’il considère comme un véritable ami. Un compagnon pour concevoir et réaliser des pièces uniques. Avec son exposition Wood Light à la Galerie Mob-Art Studio, ces œuvres subjuguent et captent le regard. Jouant avec subtilité entre ombres et lumière, l’artiste parvient par son art maîtrisé à transcender la matière.
Entretien exclusif avec le sculpteur.
À quelques pas de la rue Notre-Dame, où sa famille a vécu dans les années 1950, Thierry Hensgen expose aujourd’hui ses œuvres pour la troisième fois. Un retour chargé de sens pour cet artiste qui, installé désormais dans le sud de Paris – où il vit et travaille dans une maison-atelier nichée en pleine forêt – revendique un lien profond avec ce territoire.
Rien ne le destinait pourtant à l’art. Pendant plus de trente ans, Thierry Hensgen mène une carrière dans l’industrie, loin des galeries et des ateliers. Pourtant en parallèle, dès les années 2000, il façonne le bois. Comment ? En suivant son instinct. Presque en secret. Ses premières pièces accompagnent son quotidien familial. Ses enfants grandissent entourés de ses créations. Puis, il y a cinq ans, il décide de franchir un cap : faire de cette pratique un métier. « J’ai eu une longue discussion avec le bois », sourit-il. « Je lui ai dit : si je fais quelque chose de vraiment créatif, est-ce que tu acceptes ? » Depuis, le dialogue ne s’est jamais interrompu.
Quand le vide devient aussi important que le plein
Autodidacte revendiqué, Thierry Hensgen refuse toute approche théorique ou académique. Pas de formation aux Beaux-Arts, peu de références revendiquées. Son travail naît du geste, de la répétition et de l’expérimentation. « Je fais, encore et encore. C’est en créant que je trouve. » Une méthode qui s’inscrit dans une forme de liberté radicale. L’artiste cite volontiers Oscar Wilde : « Soyez vous-même, les autres sont déjà pris. » Une maxime qu’il applique à la lettre, cherchant avant tout à développer un langage direct, singulier, reconnaissable, presque insolite.
Ses sculptures ? Elles se distinguent par une relation presque obsessionnelle avec la matière. Le bois est creusé, percé, traversé. Le vide devient aussi important que le plein. « Je passe au travers de la matière. Je laisse passer la lumière. » Cette approche donne naissance à des œuvres qui évoluent selon le regard du spectateur. Inspiré par l’art cinétique, il conçoit des pièces qui obligent à se déplacer, à tourner autour, à multiplier les points de vue. Rien n’est figé : la perception change, les volumes se révèlent progressivement.
Le geste avant la technique
Face aux nombreuses questions sur ses procédés, le sculpteur reste catégorique : le comment importe peu. « Ce qui compte, c’est ce que l’œuvre provoque. Une émotion, une réaction. Le reste est secondaire. » Pourtant, son travail exige une maîtrise complète de la technique. Tronçonneuses, outils de sculpture, tournage… Thierry Hensgen mêle les savoir-faire et repousse les limites physiques du bois. Il joue notamment sur la résistance des fibres, exploitant leur solidité dans le sens du fil pour atteindre des formes d’une finesse étonnante. Chaque pièce est souvent réalisée dans un seul bloc, dans une logique de taille directe : une fois la matière enlevée, impossible de revenir en arrière. Une prise de risque constante, assumée. Chêne, noyer, hêtre, iroko… Il choisit ses essences en fonction de ses intentions formelles et sculpte le bois local dans un esprit éco-responsable. Parfois, certaines pièces naissent de bois récupérés – anciennes poutres, fragments chargés d’une vie – auxquels l’artiste offre une seconde vie. Le bois n’est pas ici un simple matériau : c’est un partenaire. Une matière vivante, orientée, avec ses contraintes et ses possibilités, que l’artiste explore jusqu’à ses frontières.
Rendre le bois massif presque diaphane
Interrogé sur son inspiration, Thierry Hensgen livre une réponse inattendue : « Il faut être capable de passer du temps avec soi-même. » Dans un monde où tout s’accélère, il défend l’idée d’un ralentissement nécessaire, presque d’un retour à l’ennui – condition essentielle, selon lui, à toute créativité. Une philosophie simple, mais exigeante.
Totems, sculptures murales ou sur pied, paravents sur mesure. Toutes les œuvres signées Thierry Hensgen partagent une même ambition. Rendre le bois massif presque diaphane. Faire circuler la lumière à travers ce matériau brut et massif, parfois impénétrable. Un travail d’une minutie extrême nécessitant une première étape primordiale : l’ébauche. « La finesse des pièces nécessite d’anticiper chaque fragilité potentielle dès le départ », explique l’artiste. Tout se joue dans cet équilibre subtil entre résistance et légèreté. Au-delà de leur prouesse formelle, les œuvres dégagent une présence, voire une âme. À l’instar de Life, composée de deux cercles concentriques visibles sous certains angles – pupille et iris – tel un œil silencieux posé sur le fil du temps. Avec Together, l’artiste évoque une dualité : deux silhouettes réunies ou bien un être face à sa conscience ? Les sculptures de Thierry Hensgen n’imposent rien. Elles suggèrent, évoquent, ouvrent des pistes. Elles invitent à une lecture libre et surtout à une expérience sensible.
Une vocation tardive pourtant évidente
Depuis ses débuts professionnels, le succès est immédiat : premières expositions, premières galeries, premières commandes. Une reconnaissance rapide, presque naturelle. Contrairement à l’image de l’artiste solitaire, Thierry Hensgen revendique un besoin d’échange. Il se définit comme un « artiste social », nourri par les rencontres, les regards et les réactions du public. « Je m’assèche si je ne partage pas. » Ses œuvres ne sont pas conçues comme des objets isolés, mais comme des éléments destinés à entrer dans la vie des autres, à dialoguer avec des espaces, des regards et des émotions.
Aujourd’hui, le sculpteur Thierry Hensgen résume son parcours avec simplicité. « J’ai la chance de vivre la vie dont j’ai toujours rêvé. Chaque matin, je me demande : qu’est-ce que je vais faire de beau aujourd’hui ? » Que demander de plus ?
L’exposition de Thierry Hensgen, Wood light, à La Galerie Mob-Art Studio est visible jusqu’au 30 mai 2026, www.mob-artstudio.lu
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