Chiffres de la culture ou culture des chiffres?

07/09/2017

statistiques de la culture au Luxembourg

Sur invitation du Ministère de la Culture, la Fondation IDEA asbl a participé en mai 2017 à un atelier sur les statistiques dans le domaine culturel. Cet atelier a permis de mettre successivement l’accent sur les cadres des statistiques culturelles et sur cet indispensable préalable que constitue la définition même de la culture, sur le financement de la culture et les dépenses culturelles, sur l’économie de la culture et enfin sur les pratiques culturelles au Luxembourg.

Dans une Idée du mois (IDM) publiée en novembre 2014, la Fondation IDEA asbl avait déjà clairement insisté sur la nécessité d’une connaissance affinée de la culture à travers des statistiques culturelles plus étoffées. A la lumière des informations qu’elle a pu récolter depuis cette IDM, à la faveur notamment de l’atelier du 4 mai 2017, IDEA souhaite mettre en avant trois aspects qui lui semblent prioritaires.

En premier lieu, les statistiques et enquêtes portant sur les pratiques culturelles devraient être privilégiées. IDEA avait déjà pu constater dans son IDM, sur la base notamment de publications du LISER, que les pratiques culturelles au Luxembourg sont loin d’être homogènes. A titre d’exemple, près des trois-quarts des plus diplômés fréquentent les musées et spectacles, alors que cette proportion n’atteint que 20% parmi les personnes ayant une éducation primaire. Il est essentiel d’affiner ce diagnostic et de le renouveler régulièrement, à travers des enquêtes récurrentes et standardisées isolant notamment les principales nationalités présentes au Luxembourg, les catégories socio-professionnelles, l’âge et les niveaux de revenus. Il importe également de mieux distinguer les pratiques culturelles intra muros de celles qui ont lieu à l’étranger et en sens inverse les pratiques culturelles des frontaliers au Luxembourg – le tout de manière systématique et récurrente (optique « Grande région »). 

Enfin, compte tenu des profondes mutations en cours, par exemple la « révolution numérique », les pratiques culturelles des publics les plus favorisés devraient également être examinées de près, en ce qui concerne la lecture notamment (incidence du numérique ?). Des actions concrètes doivent découler des résultats recueillis par voie d’enquêtes. Une politique active de promotion de la culture auprès des personnes qui en consomment le moins est indispensable, mais elle ne peut se concevoir sans une appréhension fine des disparités de l’accès à la culture.

En deuxième lieu, même si la culture dépasse de loin la simple logique économique, l’un des aspects pouvant éclairer les décideurs politiques lors de la détermination des budgets culturels est la mise en évidence des effets d’entraînement économiques de la culture (sur le tourisme – d’affaires notamment, effets indirects des dépenses culturelles sur la consommation ou les investissements, etc.). Un important travail exploratoire a d’ores et déjà été accompli par le STATEC, en ce qui concerne en particulier la fréquentation des principaux établissements culturels, les exportations et importations de produits culturels et le poids, dans la valeur ajoutée et l’emploi, des principales branches de la culture au Grand-Duché.

Ce travail essentiel devrait être complété, afin d’intégrer le nombre élevé de frontaliers et plus largement le caractère transnational de la demande et de l’offre dans le domaine culturel.

En troisième lieu, les statistiques culturelles devraient mieux cerner le phénomène du mécénat, avec pour objectif des comparaisons internationales pertinentes permettant de mieux comprendre le financement de la culture au Luxembourg. Comme l’indiquait l’IDM précitée d’IDEA, l’implication des entreprises et des « grandes fortunes » dans les activités artistiques ne semble pas atteindre son plein potentiel au Grand-Duché, même si plusieurs entreprises sont des partenaires réguliers d’événements culturels.

Trois points prioritaires, dans un domaine d’une importance cruciale en termes de cohésion sociale et qui doit être abordé d’une façon globale voire même multidisciplinaire, tout en évitant le travers de la « culture du chiffre ». Comme indiqué dans le Programme de statistique et d’études du Ministère de la Culture, « La culture est un élément de base essentiel pour une société démocratique, moderne, ouverte, tolérante et solidaire ». La Fondation IDEA asbl ne peut qu’adhérer à cette affirmation.

 

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